Viticulture classique, vin bio, vin biodynamique, vin nature…. Les appellations foisonnent dans les caves et sur nos tables, jusqu’à brouiller les pistes. À quel point le vin peut-il être écolo ?

Engrais chimiques, pesticides, soufre, métaux lourds, ammoniac, colle de poisson, sang de cheval, tannins en poudre, conservateurs, arômes artificiels et acides en tous genres… Si les viticulteurs étaient obligés d’expliquer sur leurs étiquettes comment ils font leurs vins, beaucoup, y compris parmi les plus fameux, auraient déjà fait faillite.

Le 15 mars 2019, les Colibris de Bordeaux organisaient une soirée de rencontres et d’échanges pour réfléchir aux alternatives à la viticulture conventionnelle et découvrir ce que mettent en place certains acteurs locaux. En voici le compte-rendu avec une surprise à la fin.

 

Les Colibris de Bordeaux pour une viticulture différente

 

La viticulture : une importante concentration de pesticides

 

La viticulture concentre aujourd’hui 20 % des pesticides utilisés en France (INRA, 2013) pour 3 % de la surface agricole. Dans une étude Que Choisir de 2013, tous les vins analysés contenaient des pesticides, avec un niveau moyen 300 fois plus élevé que l’eau potable. Sans compter la soixantaine d’additifs, pour la plupart chimiques, ajoutés lors du processus de vinification.

Pour un vin bordelais testé, la teneur en résidus de pesticides fut 3 364 fois plus élevée que la norme appliquée à l’eau potable (0,5 μg/kg) !

De quoi se poser de sérieuses questions sur la nécessité de mettre en place des alternatives pour protéger les sols, la biodiversité, l’eau, et bien sûr notre santé… La soirée du 15 mars fut l’occasion d’aborder ce sujet “sensible” avec une spécialiste en santé environnementale et 3 viticulteurs qui pratiquent des méthodes différentes de celles de la viticulture conventionnelle.

 

©Manu Pallman

©Manu Pallman

 

 

Les intervenants : des professionnels locaux de l’environnement et de la viticulture

Une chercheuse bordelaise

©Fabien Cottereau

Ghislaine Bouvier, spécialiste en santé environnementale à l’Université de Bordeaux au sein de l’INSERM dans l’équipe EPICENE

 

Cette chercheuse travaille sur l’exposition aux pesticides et sur les impacts que cela peut avoir sur la santé des gens qui les utilisent. Les maladies les plus fréquentes sont les maladies neurodégénératives et les hémopathies. Étude sur des grandes cultures. Travaille en partenariat avec des écotoxicologues et des ergonomes.

Les familles sont très prescriptrices de changement : les jeunes se questionnent de plus en plus alors que les anciens sont plutôt dans le fatalisme (“vu ce que l’on s’est pris, c’est trop tard”).

La maladie de parkinson reconnue en maladie professionnelle, on double le risque quand on est agriculteur. Grand débat en cours pour faire reconnaître les maladies du sang comme maladies professionnelles ailleurs que dans la viticulture, c’est à dire ceux qui manipulent les produits avant l’arrivée chez les viticulteurs. Problème de l’utilisation de l’Arsenic dans les vignes pour protéger contre un champignon, reconnu dangereuse en 1955, interdite en France à partir de 1971… sauf pour les vignes.

L’interdiction d’utilisation en France ne rentrera en vigueur qu’en 2001. Presque 20 ans après les USA et l’Angleterre. Attention aux maladies de peau : interaction entre pesticides et UV, Le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer) formé par l’OMS (organisation mondiale de la santé) se réunit pour actualiser le lien entre risque et cancer. Si on a reconnu le glyphosate comme cancérigène, combien d’autres produits sont passés à la trappe ? On ne peut pas tout étudier de toute façon… c’est un travail de fourmis.

 

Delphine Vinet, Domaine Emile Grelier et La Possiblerie

 

Delphine et Benoit ont souhaité réfléchir à l’échelle d’une parcelle. Ils ont intégré à leur vision systémique des associations telles que la LPO (ligue pour la protection des oiseaux), arbres des paysages etc.. et des institutions pour être vraiment connaisseurs de l’écosystème de leur terrain.

Se rendent compte que la chauve souris est le meilleur amis du vigneron. Elles s’attaquent à l’Eudemis un papillon aussi connu sous le nom de vers de la grappe. A retrouver sur notre chaine YouTube pour découvrir le TEDxVIROFLAY 2018 où Delphine présente La Possiblerie, une démarche pour une viticulture à la vision globale.

 

Jean-François Lévrier, Château Marquisat de la Pérouse

 

Pratique une viticulture en biodynamie dans le Blayais depuis 2011, sur une parcelle de 10 ha qui était déjà en bio. Jean-François Lévrier fait partie de l’association Terra Dynamis qui est une association d’agriculteurs qui se réunissent pour s’accompagner les eux les autres, réfléchir à leur pratique et échanger sur leur travail en biodynamie.

Jean-François Lévrier dans ses vignes

©David Remazeilles

A expliqué dans sa présentation, l’importance du soin au sol, de la place de l’animal au sein de son vignoble (vache, porcs, poule). Si vous souhaitez avoir accès à cette présentation vous pouvez le contacter directement. Pour mieux comprendre, retrouvez également son pdf explicatif sur la culture de la vigne en biodynamie ➽ culture-vigne-biodynamie-chateau-marquisat

 

Sophie Charbonnier, Vin Rouge Métisse

 

Viticultrice de vin bio, Sophie Charbonnier a choisi de créer une cuvée spéciale imaginée pour accompagner les plats sucrés salés. Pour ce faire elle a proposé aux consommateurs de lui faire confiance et de pré-commander des bouteilles avant même de les avoir goûtées.

Le tout dans l’esprit de vouloir limiter les intermédiaires entre le producteur et le consommateur, d’installer une confiance et une solidarité. Pour cela n’hésitez pas à allez voir sa BD qui illustre parfaitement sa démarche.

 

Les questions qui ont émergé des sous groupes avant le débat

Groupe 1 : mots clefs : biodynamie, mutualisation, vin naturel, respect du sol, respect de la biodiversité, produits dangereux, liens perception production de raisins et vinification, respect de la santé, plaisir du consommateur, consommateurs “formatés”
2 questions : – Est-ce que le respect (santé, biodynamie, sols) favorise plus de plaisir chez le consommateur ? – Quid de la mise en valeur du terroir par rapport à l’uniformisation (internationalisation) du vin ?

Groupe 2 : Quels réseaux et quelles mises en place de réseaux ? Quels moyens face au mildiou, climat, maladies, réponses naturelles ? Vieillissement des vins en bio et naturel Commercialisation, spéculation Quid institutions et CIVB (Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux) ? Bio biodynamie vegan naturel certifications Les notes brutes du cercle samoan ● Le respect de la biodynamie, du sol, favorise plus de plaisir chez le consommateur ● Sol vivant = notion de terroir → + les arômes purs + conservation ● Différence de vins génériques et des vins artificiels ● Diversité des vins, apprécier les différences

 

Position des institutions et du CIVB (Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux)

– Méfiants mais conscients qu’ils ne peuvent pas faire l’impasse – Représente à 50% des viticulteurs et 50% du négoce – Envoient la presse chez des viticulteurs engagés, ce qui élargit l’écho de leurs actions – CIVB fait un inventaire des 100 vignobles qui bougent vers le développement durable. – Les chercheurs ne sont jamais invités à parler du sujet. – Les scientifiques qui interviennent sur les vignobles apportent la crédibilité grâce à leurs rapports. – La santé ? Un viticulteur qui s’occupe de biodiversité s’occupe de santé de fait. – Provoquer les rencontres entre les acteurs les médias, l’institution = les chercheurs n’ont pas l’habitude. Mais “nul n’est prophète en son pays”

 

Pourquoi est-ce si difficile à Bordeaux de faire bouger les lignes (par rapport au Sud-Est par exemple) ?

● Les vignerons des autres régions ont fait le choix de la qualité ● Le climat change ● Leviers différents : – dans le Languedoc, nécessité face à l’effondrement économique – Ici : statisme institutionnel, car l’activité économique fonctionne. C’est le consommateur qui peut faire la différence. Heureusement, on observe une accélération très notable, il y a de plus en plus de caves qui vendent du vin en bio, biodynamie, nature.. ● Tous les grands châteaux font des essais en biodynamie, surtout dans l’idée de surfer sur la vague de la mode du bio. Ce qui peut faire monter le prix, il y a toujours eu de la spéculation sur le vin bio ou non. ● Sur la notion de spéculation, il faut faire la différence entre 3% de grands vins vendus très très chers et la conso à en moyenne 5€ la bouteille + faire la différence entre le producteur et le négociant.

 

Est-ce qu’un bon vin bio existe et peut entrainer le désir de spéculer ?

● La spéculation n’a lieu que sur les 3% de grands crus. ● Bien sur un vin bio peut-être excellent : dégustation à l’aveugle peut perturber même des habitués. ● Nécessité d’avoir la combinaison : bon raisin + bon vinificateur ● Les cavistes : leur faire goûter à l’aveugle, les résultats sont souvent surprenants et bon signe pour les vins bio et en biodynamie ! ● Faire évoluer par l’expérience → en vrai cela bouge beaucoup ! notamment par l’exemple ● Les cavistes identifiés en bio biodynamie et nature deviennent des ambassadeurs. ● Les grands crus s’interrogent : le château l’Angelus a déjà contacté Delphine Vinet par exemple ! ● Aujourd’hui le bio s’affiche de plus en plus ● Pression des acheteurs chinois sur les propriétés, même s’ils s’éduquent vite au vin et deviennent sensibles au bio.

 

Bio biodynamie, nature, bio, industriel quelles différences, comment s’y retrouver ?

● Biodynamie issue de producteur ou de montage négociant ● Extraire la quintessence du terroir ● Passion respect VS opportunisme ● Vin vivant qui varie suivant les jours ● Les vignerons en biodynamie et en bio sont devenus aussi des bons transformateurs ● Utilisation de l’application Raisin qui recense les vins naturels : où ils sont produits et quel lieu en propose. Comment diffuser, développer les réseaux vers la direction du respect de la terre et de l’homme ? ● Le vin a une âme : partager les émotions vécues ● Le bouche à oreille ● Les réseaux sociaux ● Les salons ● Faire vivre une expérience ● Fleurissement des cavistes proposant cette gamme de vin ● A partir de 2012 les mentalités sur le bio on beaucoup évolué, beaucoup plus considéré et demandé par le consommateur.

Le boum du vin bio

 

Pour aller plus loin

 

Vous pouvez consulter la liste des intrants dans le vin, lire le livre “Découvrir les vins bio et nature” (Je passe à l’acte).

Regarder les films :

● “Insecticide, mon amour” de Guillaume Bodin

● “Wine Calling : le vin se lève” de Bruno Sauvar

● “La Clef des terroirs” de Guillaume Bodin

Ou encore aller directement à la rencontre des viticulteurs près de chez vous pour créer le dialogue et favoriser la mise en place des alternatives.

Une démarche qui sera facilitée le week-end prochain avec la 3ème édition de SOUS LES PAVÉS LA VIGNE, le salon des vins actuels et naturels organisé par Rue 89 Bordeaux et la maison d’édition Nouriturfu au GARAGE MODERNE.

Une viticulture pour des vins actuels et naturels

Une autre viticulture est possible ! Sous les pavés la vigne le prouve ! (⚠️ places à gagner)

 

Les samedi 25 et dimanche 26 mai prochains aura lieu la 3ème édition bordelaise du salon des vins actuels et naturels : Sous les pavés la vigne !

Deux jours de dégustations, débats, spectacles, dédicaces autour de la thématique des vins bio, biodynamiques et naturels au Garage Moderne.

Une cinquantaine d’exposants venus des 4 coins de la France seront présents pour proposer dégustations et vente de vin, bière, spiritueux, saké, food, café, livres… La Référence Bio vous fait gagner des places en fin d’article et sur Facebook !

RV au Garage Moderne pour une Viticulture différente

La Référence Bio vous fait gagner 2 places pour « Sous les pavés la vigne », le salon des vins actuels et naturels qui a lieu les 25 et 26 mai au Garage Moderne !

 

Pour participer, laissez un commentaire sous cet article !

 

Concours ouvert jusqu’au 23 mai 2019, 16h.

 

 

 

 

Événement Facebook

Samedi 25 et Dimanche 26 mai 2019

Horaires 10h – 19h

Le Garage Moderne

1 rue des étrangers

33300 Bordeaux

Entrée : 10 € / Pass 2 jours : 15€

Photo de une ©Manu Pallman